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Voir nos départs garantisUn voyage à Bali c’est partir à la rencontre d’un peuple et de son histoire fascinante, tissée de multiples influences et marquée par une extraordinaire résilience. L’île des Dieux offre un récit exceptionnel, du Paléolithique jusqu’à notre ère moderne, où chaque période a laissé son empreinte dans la culture et la vie quotidienne balinaises. Nous vous proposons ici un guide pratique sur l’histoire de Bali.
L’histoire humaine de Bali débute il y a près d’un million d’années, avec des traces d’occupation paléolithique retrouvées à Sembiran et Trunyan. Dès 2500 av. J.-C., des peuples venus d’Asie continentale s’installent sur l’île, posant les bases des premières civilisations agricoles. Les Balinais pratiquent alors des cultes animistes, mais sont influencés très tôt par les échanges commerciaux avec l’Inde et la Chine, qui introduisent de nouveaux courants religieux, des modes artistiques et des techniques artisanales.
Au VIIIème siècle, l’hindouisme et le bouddhisme, portés par les commerçants venus de l’Inde, commencent à être adoptés aux côtés des anciens rites. Les dynasties balinaises indiennes, mentionnées dans les premiers écrits datant du VIIIe au Xe siècle, témoignent de cette mixité religieuse. L’artisanat local, la sculpture, la danse et l’architecture balinaise se développent alors, combinant influences animistes, hindouistes, bouddhistes et même des éléments venus de Chine.
Durant le Xème et XIème siècle, Bali profite d’une période faste sous l’influence de Java, puis de la dynastie Singasari. Parmi les vestiges de cette époque prospère, le temple Pura Gunung Kawi atteste de l’importance spirituelle et de l’excellence artistique balinaises. Ce temple, niché près d’Ubud, est au cœur des rituels liés à l’eau et incarne la quête d’harmonie entre l’homme, la nature et le divin.
À partir du XIIIe siècle, la puissante dynastie javanaise de Singasari annexe Bali autour de 1284. Mais c’est surtout avec l’essor de l’Empire Majapahit, venue de Java Est sous Gajah Mada au XIVème siècle, que Bali vit une profonde transformation. Malgré leur résistance, les royaumes balinais s’inclinent. Les Majapahit s’installent à Gelgel, et la culture indo-javanaise se renforce avec l’arrivée massive d’aristocrates, de lettrés et d’artistes fuyant l’expansion de l’islam à Java.
Certaines communautés, connues sous le nom de Bali Aga ou Bali Mula, échappent à cette assimilation. Présents dans des villages isolés comme Tenganan à l’est, ils préservent aujourd’hui encore des rites animistes ancestraux, une langue spécifique, et des cérémonies uniques comme le Mekaré-karé. Ces villages, véritables enclaves culturelles, perpétuent un mode de vie traditionnel où le tissage du double ikat et le respect de règles sociales strictes font la fierté de leurs habitants.
Bali entre au XVe siècle dans son âge d’or avec la fondation du royaume de Gelgel, qui rayonne sur Java Est, Lombok et Sumbawa. Sur cette période faste sont édifiés les temples protecteurs comme Tanah Lot, dédié aux esprits de la mer, et Uluwatu, dressé sur une impressionnante falaise et dédié au dieu Rudra. Ces sanctuaires font partie des neuf temples directionnels censés protéger l’île, illustrant la place centrale de la spiritualité dans la société balinaise.
On retrouve les héritages de la culture Majapahit dans la danse Legong, le théâtre d’ombres Wayang Kulit ou les cérémonies rituelles qui rythment toujours le quotidien de l’île.
À la fin du XVIème siècle, les premiers commerçants hollandais accostent à Bali, motivés par le commerce des épices et des esclaves. Les princes locaux en profitent pour vendre prisonniers et opposants, ce qui fragilise l’unité insulaire. Multiples conflits internes s’ensuivent. Mais ce n’est qu’au XIXe siècle, après d’âpres résistances, puis avec les campagnes militaires de 1846 à 1908, que la colonisation hollandaise s’impose sur toute l’île.
Les Hollandais instaurent une administration contrôlant des régents locaux, développent les infrastructures, abolissent progressivement l’esclavage et interdisent certains rituels traditionnels, dont le satī. Paradoxalement, ils valorisent Bali comme « musée vivant » pour préserver et exposer sa culture, ce qui contribue à préserver les arts, les traditions et l’organisation communautaire, notamment le célèbre système d’irrigation subak, classé plus tard au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’histoire de Bali sous la colonisation est également marquée par les puputan, suicides collectifs rituels, actes d’ultime résistance des nobles balinais.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Bali est occupée par l’armée japonaise, subissant des confiscations de récoltes. La fin du conflit voit la montée du mouvement indépendantiste indonésien. Après plusieurs années de combat, l’Indonésie, Bali incluse, est reconnue indépendante en 1949. Sous Soekarno puis Soeharto, l’île connaît modernisation et réformes, souvent au prix d’une centralisation forcée et d’importants exodes internes pour encourager l’unité nationale.
Si la structure traditionnelle balinaise s’effrite quelque peu, la population parvient à maintenir vivantes ses croyances, sa langue et ses arts, faisant de la culture balinaise un pilier essentiel dans la vie sociale et politique locale.
À partir des années 1970, Bali devient une destination majeure grâce au développement du tourisme international. Les autorités balinaises mettent en place une politique de « tourisme culturel » pour préserver et valoriser les traditions face au risque d’assimilation. De nombreux revenus touristiques sont ainsi dédiés à la sauvegarde des arts, à la restauration des temples et à la transmission des rituels, ce qui permet d’éviter l’effacement de la culture originelle malgré quelques adaptations aux attentes des visiteurs.
Aujourd’hui, Bali sait négocier ce délicat équilibre : l’île accueille chaque année des millions de touristes tout en restant profondément attachée à ses racines. Des spectacles, festivals et cérémonies religieuses sont partagés avec les visiteurs sans perdre de leur authenticité. Les villages Bali Aga, l’artisanat traditionnel de Tenganan, les processions dans les temples comme à Tanah Lot ou Uluwatu, continuent de rythmer la vie balinaise, témoignant d’une remarquable constance culturelle.
Les Balinais perpétuent une philosophie de vie centrée sur l’harmonie entre l’homme, la nature et le divin, au cœur du concept de Tri Hita Karana. Les rituels d’offrande, les exubérantes cérémonies, la place du sousak dans la gestion de l’eau, tous participent au maintien d’une société pacifique, ouverte aux échanges mais fermement ancrée dans ses traditions.
Au fil des siècles, Bali a fait face aux défis des conquêtes, de la colonisation et de la mondialisation, mais continue d’incarner une identité unique, fruit d’un métissage subtil et d’une profonde capacité d’adaptation. Ce voyage dans l’histoire de Bali révèle la magie d’une île où spiritualité rime avec endurance et créativité, et où chaque rencontre devient un enseignement vivant.